A propos de l’atlas

Qu’est-ce qu’un atlas des oiseaux nicheurs?
Un atlas des oiseaux nicheurs, comme son nom l’indique, renseigne sur la répartition et l’abondance relative des oiseaux qui nichent à l’intérieur d’un vaste territoire, comme une province, un État ou un pays. Les atlas sont réalisés par une méthode uniformisée conçue pour être utilisée à intervalles de vingt ans. Ils permettent de faire le suivi des populations dans le temps. Le premier Atlas des oiseaux nicheurs de Terre-Neuve présentera, en libre accès sous forme numérique, un état complet de la situation des espèces d’oiseaux qui se reproduisent dans l’île. Il constituera une précieuse ressource pour l’industrie, les administrations gouvernementales, les organismes de conservation, les établissements d’enseignement et le grand public à de nombreuses fins: planification de la conservation, évaluations environnementales, éducation en matière d’environnement et travaux de recherche.
Que peuvent nous apprendre les oiseaux?
Les oiseaux sont de bons indicateurs de l’état de l’environnement, car ils sont faciles à voir, ils vivent dans l’ensemble des régions écologiques et des habitats et ils réagissent rapidement aux agresseurs environnementaux et aux changements subis par les habitats. Dès lors, les atlas des oiseaux nicheurs présentent un énorme potentiel pour le suivi non seulement des populations d’oiseaux, mais aussi d’autres paramètres biologiques et environnementaux en évolution.
Qui peut participer?
Quiconque possède des jumelles et une certaine expérience de l’observation des oiseaux, ne serait-ce que le désir d’en apprendre davantage sur l’avifaune, peut participer. Toutefois, il est utile d’avoir une certaine expérience et des connaissances permettant d’identifier les oiseaux.
En quoi consistera l’Atlas et à quoi servira-t-il?
L’Atlas des oiseaux nicheurs de Terre-Neuve, un programme scientifique échelonné sur cinq ans, a pour but d’évaluer la situation, la répartition et l’abondance relative des espèces d’oiseaux qui nichent dans l’île. La collecte des données a commencé en 2020 et se poursuivra jusqu’à la fin de l’été 2024. Le succès de l’Atlas des oiseaux nicheurs de Terre-Neuve dépendra fortement de la participation d’observateurs bénévoles, appelés citoyens scientifiques, qui consacrent du temps et leur savoir-faire à la récolte de données.
En général, les campagnes d’atlas ont lieu tous les vingt ans, de manière à documenter les changements survenus dans la répartition des oiseaux, lesquels peuvent résulter de divers facteurs, comme l’évolution des paysages forestiers et agricoles, l’expansion urbaine, les changements climatiques et d’autres phénomènes naturels ou d’origine humaine et, en fin de compte, les désastres naturels, les changements dans l’état des écosystèmes. L’Atlas des oiseaux nicheurs de Terre-Neuve permettra d’établir une référence à laquelle les changements futurs pourront être comparés.
Des atlas des oiseaux nicheurs ont été produits dans la plupart des provinces et des États en Amérique du Nord, ainsi que dans beaucoup de pays européens. À certains endroits, plus d’un atlas a été réalisé au fil des décennies. Dans le cas de Terre-Neuve, il s’agira du tout premier atlas.
L’Atlas des oiseaux nicheurs de Terre-Neuve sera un document évolutif et un héritage légué à l’ensemble des citoyens de la province. Au cours des cinq prochaines années, les diverses pages de données de ce site Web seront constamment mises à jour à mesure que nous recevrons les données des observateurs. Les cartes présentées seront interactives; vous pourrez ainsi vous renseigner sur la situation de n’importe quelle espèce dans une région ou une parcelle particulière ou encore dans l’ensemble de l’île. Une fois la collecte des données terminée, nous publierons un document en ligne qui présentera différentes analyses spatiales et des estimations poussées de l’abondance relative des espèces. Les données seront stockées dans une base entièrement consultable renfermant de l’information détaillée sur des observations spécifiques, à laquelle pourront accéder des scientifiques, les auteurs d’évaluations environnementales, des biologistes, des urbanistes, des étudiants et d’autres personnes.
Un peu d’histoire
L’île de Terre-Neuve a une riche histoire ornithologique qui s’étend sur l’époque du développement des disciplines modernes de la biologie et de l’écologie, et laquelle est soigneusement rapportée dans l’ouvrage de Montevecchi et Tuck, Newfoundland Birds: Exploitation, Study, Conservation (1987). Bien que certains naturalistes aient fourni antérieurement une documentation sur les oiseaux de Terre‑Neuve, l’étude scientifique systématique de notre avifaune a commencé avec l’expédition d’histoire naturelle de Joseph Bank en 1766. Au cours de son voyage, ce dernier a récolté des données sur 34 espèces de Terre-Neuve et recueilli certains des premiers spécimens d’oiseaux d’Amérique du Nord. Cette expédition a ouvert une longue période d’étude de l’histoire naturelle et de collecte de spécimens (y compris une visite d’Audubon en 1833) qui s’est poursuivie de façon intermittente tout au long du 19e siècle.
La première moitié du 20e siècle, qui a précédé l’entrée de l’île dans la confédération du Canada, a compris une période d’étude de plus en plus détaillée des oiseaux de Terre-Neuve, soulignée par l’accord survenu entre le ministère des Ressources naturelles de Terre-Neuve et le Fish and Wildlife Service des États-Unis, lequel instaurait une étude systématique conjointe de la faune aviaire. Les travaux ont mené à la publication du livre de Peters et Burleigh, The Birds of Newfoundland (1951), illustré par Roger Tory Peterson, qui demeure un des ouvrages les plus complets sur la biogéographie et l’histoire naturelle de l’avifaune terre-neuvienne. Les travaux ont permis d’ajouter plusieurs espèces à la liste des oiseaux connus sur l’île et de présenter des comptes rendus détaillés de la répartition des espèces. Il n’est donc pas exagéré de dire qu’ils représentent la première tentative d’atlas des oiseaux nicheurs de Terre‑Neuve.
Au cours de cette période, on a accordé une attention particulière à l’identification des sous-espèces endémiques de l’île; ainsi, plus de 20 races et sous-espèces d’oiseaux de Terre-Neuve ont été proposées sur la base de l’étude de la morphologie et de la coloration, notamment le Troglodyte des forêts, le Merle d’Amérique et le Quiscale rouilleux. La génétique moléculaire moderne confirme maintenant la validité de bon nombre de ces sous-espèces, y compris des oiseaux bien connus comme le Lagopède alpin, la Mésange à tête brune, le Mésangeai du Canada et la Grive à joues grises. On croit maintenant qu’un refuge glaciaire du Pléistocène existait sur le plateau continental au sud et à l’est de Terre-Neuve et qu’il a soutenu ces espèces endémiques de Terre-Neuve pendant la dernière période glaciaire.
L’entrée de Terre-Neuve au sein du Canada en 1949 a marqué le début de l’ère de l’ornithologie moderne, rendue possible et soutenue par la création d’institutions comme l’Université Memorial et son campus, le Collège Sir Wilfred Grenfell, et le Service canadien de la faune. Depuis, l’accent a été mis sur les oiseaux marins et leurs colonies, ce qui découle en partie de l’attention portée depuis longtemps à la biologie marine à l’Université Memorial. Par conséquent, les connaissances sur l’écologie, la conservation et la biogéographie des oiseaux marins de Terre-Neuve sont probablement aussi bonnes que partout ailleurs en Amérique du Nord. En revanche, beaucoup moins d’études scientifiques ont porté sur les oiseaux terrestres, la plupart des recherches systématiques ayant eu lieu dans les forêts de sapins baumiers de l’ouest de l’île. Cela découle, du moins en partie, de la nécessité de mener des recherches sur les aspects environnementaux de l’industrie forestière bien développée de cette région. La connaissance de la biogéographie des oiseaux terrestres est également relativement complète sur la presqu’île Avalon, en partie grâce à la présence de l’Université Memorial, mais surtout grâce aux efforts dévoués des ornithologues amateurs de la région. Par contre, l’information est beaucoup moins consistante en ce qui concerne la répartition des espèces d’oiseaux terrestres dans le centre de l’île, le long de la côte sud, dans la péninsule de Burin et dans la péninsule Great Northern au nord du parc national du Gros-Morne.

Le programme canadien des atlas des oiseaux nicheurs
Le programme canadien des atlas des oiseaux nicheurs est le fruit d’un partenariat réunissant Oiseaux Canada, Environnement et Changement climatique Canada, des gouvernements provinciaux, des organismes s’occupant d’histoire naturelle et le secteur privé. Depuis 2000, des atlas ont été réalisés ou sont en voie de réalisation en Ontario, dans les Provinces maritimes, en Colombie-Britannique, au Manitoba, au Québec et en Saskatchewan.
Chaque projet d’atlas est d’une durée d’au moins 8 ans: une année de démarrage, la campagne de terrain sur cinq ans et deux années consacrées à la publication des données. Le coût moyen est de 250 000$ par année. Ce montant s’annule du fait de la contribution en temps de citoyens scientifiques bénévoles (membres de clubs d’ornithologie, d’organismes liés à la nature et citoyens ordinaires), laquelle représente généralement plus de 10000 heures par année consacrées aux observations sur le terrain.
Les résultats du programme national des atlas orientent les politiques de conservation, contribuent au rétablissement des espèces en péril et appuient la gestion et l’intendance des habitats ainsi que l’acquisition de terres dans tout le pays.